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06/05/2026
“Vivre mes troisièmes Jeux avec un œil complètement différent”, Grégory Bodo
© FFE/PSV

“Vivre mes troisièmes Jeux avec un œil complètement différent”, Grégory Bodo

La nomination de Grégory Bodo comme délégué technique pour les épreuves de saut d’obstacles des Jeux de Los Angeles 2028, soutenue par la Fédération Française d’Équitation, a été officialisée par la Fédération équestre internationale (FEI) en début d’année. Entretien.

Pouvez-vous nous présenter le rôle du délégué technique ? 

Les délégués techniques sont obligatoirement inscrits sur la liste des chefs de piste level 4, c'est-à-dire qu’ils doivent avoir le même niveau que le chef de piste nommé pour l'événement. Le délégué technique est un soutien supplémentaire ; il est au courant de tout ce qui est lié aux épreuves. Il s’assure de la qualité du sol, s’occupe des obstacles, examine les parcours et peut remonter une interrogation au chef de piste, qui peut alors procéder à quelques petits changements ; in fine, c'est lui qui valide les tracés. Outre la partie technique, il doit avoir un œil bienveillant sur le bon déroulement sportif de l'événement, c'est-à-dire ce qui peut se passer au paddock ou le long des tribunes, en complément des stewards qui sont présents. C'est une fonction que j'apprécie et je remercie la FEI pour la confiance accordée.

A deux ans de l’échéance olympique, comment êtes-vous déjà impliqué dans ce rôle ? 

Pour l'instant, je suis en contact avec le chef de piste, l’Irlandais Alan Wade. Lui, de son côté, commence petit à petit à travailler sur la thématique des obstacles qu'il proposera au comité d'organisation. Je suis également en lien avec la FEI mais je n'ai pas encore été en relation avec l'organisation de LA 2028, c'est encore un petit peu tôt. Les choses vont se décanter, probablement en fin d'année 2026 ou début 2027, avec une visite du site de compétition qui reste à planifier.

A quoi vous attendez-vous pour ces JO ? 

Après Tokyo, où j’étais assistant du chef de piste, et Paris, où j’ai été nommé co-chef de piste, je vais avoir la chance de vivre mes troisièmes Jeux avec un œil complètement différent. Je m'attends bien sûr à du grand sport, les Américains vont essayer de faire au moins tout aussi bien que ce que nous avons vu pendant les Jeux de Paris 2024. Je pense qu'on peut leur faire confiance là-dessus ! Ensuite, les Jeux se sont déjà tenus à Los Angeles en 1984, un événement marquant dans l'histoire et notamment dans celle des sports équestres. Pour la petite anecdote, un de mes mentors, Arno Gego, un grand chef de piste allemand dont Aix-la-Chapelle était le jardin, a été délégué technique lors de ces JO et le chef de piste était un Américain. Cela nous rapproche encore un peu plus. J'ai toujours eu pour lui beaucoup d'estime et un grand respect ; je le salue là où il est aujourd'hui.

Vous étiez co-chef de piste pour les épreuves des Jeux de Paris 2024. Quels enseignements vous seront utiles pour officier lors d’une nouvelle édition olympique ? 

C’est très important de stocker, en toute sécurité et de manière non visible, les obstacles qui sont confidentiels. Il y a aussi un état d'esprit à avoir du début à la fin de l’événement. Rien ne peut égaler les Jeux, qui sont un événement planétaire et sont, pour moi, au-dessus des championnats du monde. Il y a une routine différente à avoir car nous avons des couples qui courent au plus haut niveau toute l’année et d’autres issus de nations émergentes. Il faut savoir conjuguer le tout pour montrer de belles images de notre sport, de la compétition et minimiser au maximum les risques.

Cette interview a été réalisée à Fontainebleau, dans le cadre du Printemps des sports équestres, où vous êtes le chef de piste du CSI 5*, organisé pour la première fois sur le terrain d’honneur du Grand Parquet. Quel est votre sentiment avec le retour des épreuves sur herbe et est-ce que cette configuration modifie la construction de vos parcours ? 

Je suis ravi de revoir le terrain en herbe, cela rappelle les lettres de noblesse de notre discipline. Je l'ai dit lors de plusieurs interviews, pour moi, évoluer sur un terrain en herbe est naturel pour les chevaux. Le terrain d’honneur, c’est la Queen des pistes, il n’y a rien de plus majestueux. Cela change des surfaces qu'on a l'habitude de voir aux quatre coins de la planète, même s’il y a des terrains en sable qui sont fantastiques. En positionnant les obstacles, c'est comme une pièce de théâtre qu'on est en train de dresser avec un contraste rendu différent grâce à la verdure. Pour le public aussi, ce n’est pas la même chose car les chevaux sautent différemment.

Je n'ai pas une manière de construire qui est différente. Il faut simplement être beaucoup plus vigilant par rapport aux zones que l'on va solliciter durant l'événement, par rapport au placement des obstacles et leurs zones d'abord et de de réception, ainsi que varier les virages. Il s’agit d’être attentif à leur diamètre afin que ce soit confortable pour les chevaux, dont les appuis diffèrent sur herbe, être un peu plus souple et demander un peu moins de flexion dans les courbes. Au niveau des difficultés, la hauteur des obstacles, l'utilisation d'obstacles naturels comme la rivière, cela ne change rien. Pour moi, un cheval est tout autant, voire même plus respectueux, sur un terrain en herbe qui peut lui être moins familier. C'est très intéressant à constater, par exemple lors de la première épreuve des jeunes chevaux, nous n’avons pas eu autant de sans-faute que l’on pouvait espérer pour un premier jour, car les chevaux découvrent le terrain et sont un peu sur la retenue.

Enfin, où vous retrouvera-t-on dans les prochaines semaines ? 

J’officie sur une trentaine d’événements par an. Après Fontainebleau, je me suis envolé pour la finale de la Major League à Monterrey, au Mexique, puis je serai à Bourg-en-Bresse (01), Vancouver (CAN), Saint-Tropez (83), La Baule (44), Paris (75), etc. Cette année, je ne serai pas au Longines Equita Lyon (69) car je serai le délégué technique des Jeux olympiques de la Jeunesse à Dakar (SEN). C'est une grosse échéance qui rompt avec mon quotidien de chef de piste et qui permet de faire évoluer les choses du côté de l'organisateur notamment. J’ai réalisé deux pré visites à Dakar et on a modifié de nombreux points afin d'améliorer, notamment l’aspect sécuritaire et la prévention des risques. Dans tous les cas, ces missions me passionnent toujours autant. Chaque concours est un nouveau challenge et j’essaie de perpétuer ce bonheur week-end après week-end, année après année.

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