La responsabilité sociétale des organisations (RSO) s’articule autour de 7 champs d’action et repose sur une démarche volontaire, propre à chaque organisation, qui vise à améliorer ses pratiques en matière d’éthique et de transparence. La Fédération Française d'Équitation accélère aujourd’hui le déploiement d’actions structurantes. Tour d’horizon.
Les enjeux d’une démarche RSO
Titulaire d’une délégation du ministère en charge des Sports, la Fédération Française d’Équitation est concernée par la mise en œuvre d’une charte de 15 engagements éco responsables ainsi que du Plan national d'adaptation du sport au changement climatique (PNACC Sport). L’objectif du PNACC Sport est d'identifier les mesures à mettre en place en France métropolitaine d’ici 2030, afin d’anticiper une adaptation des pratiques sportives au changement climatique. Il s’appuie sur la trajectoire de réchauffement de référence établie par le gouvernement : +1,5 °C en 2030, +2 °C en 2050 et +3 °C en 2100 au niveau mondial, soit un niveau de réchauffement en France métropolitaine d’environ +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Anticiper le changement climatique dès aujourd’hui, c’est éviter de subir demain.
Une feuille de route en cours d’élaboration
“La charte des 15 engagements éco responsables des fédérations sportives et ligues de sport professionnel", objectifs précis répartis en trois items (limiter notre impact environnemental, lutter contre les discriminations, sensibiliser, mobiliser et former) sert de base à l'élaboration d’une feuille de route pour accompagner les établissements équestres dans l'intégration de la responsabilité sociétale des organisations (RSO). L’objectif est d’anticiper, structurer puis réduire l’impact des activités équestres là où les moyens d’agir sont disponibles.
Ces dernières se rattachent naturellement à la RSO (voir plus bas), qui est une démarche volontaire et codifiée. L’important est la démarche de progrès et d’amélioration, qui ne peut qu’être une plus-value pour des activités qui se revendiquent sport de nature.
La mise en place de cette feuille de route se déroule en deux temps. Le premier consistait en une sensibilisation et une formation en interne, grâce à la Fresque des activités équines, pour engager une réflexion collectivement et visualiser concrètement les enjeux. Le second est une étape d’écoute du terrain, à travers de nombreux entretiens. La phase de structuration est actuellement en cours :
Ce plan, à l’horizon 2029, est ambitieux mais engager une démarche est nécessaire, pour montrer et quantifier ce qui est fait, en lien avec la délégation ministérielle accordée.
« Le monde du sport et celui du cheval ne sont pas en marge des enjeux de société, bien au contraire. Nous devons prendre notre part de responsabilité concernant ces sujets sur lesquels nous devrons rendre compte, notamment au ministère, mais également auprès des pratiquants et du public qui sont de plus en plus attentifs à ces enjeux. C’est également une question de cohérence pour revendiquer la dimension nature qui constitue un atout majeur de l'attractivité de nos activités. Il y a bien sûr la mise en place du Plan national d'adaptation du sport au changement climatique, mais la responsabilité sociétale des organisations ne concerne pas que les aspects environnementaux. Il ne faut pas se faire peur, je suis plutôt optimiste sur l'avenir, mais il faut aussi regarder la réalité en face. En quelques années, les problématiques liées aux épizooties, à l’eau, aux restrictions de circulation en forêts en raison des incendies, les restrictions de transport liées aux températures élevées, la modification des plannings de séances ou l'annulation de concours en raison des vagues de chaleur se sont amplifiées. C'est notre quotidien et nous ne pouvons pas rester sans rien faire. C'est l'engagement de la Fédération, à travers cette feuille de route sur la responsabilité sociétale des organisations, que nous souhaitons élaborer », exprime Frédéric Bouix, président de la Fédération Française d’Équitation.
Un dossier complet sur la RSO au sein des établissements équestres paraîtra dans La REF n°257 (juillet, août, septembre).
Une structuration progressive de la RSO au sein de la FFE
La RSO dans l’ADN des activités équestres
Les missions statutaires de la Fédération Française d'Équitation intègrent depuis longtemps la préservation des espaces naturels. Cet engagement trouve notamment ses racines dans le développement du tourisme équestre dès les années 1970, structuré autour de l’entretien, de la valorisation et de la sécurisation des chemins et itinéraires. Cette mission est toujours largement portée par la plateforme et application GeoCheval, carte interactive et outil de gestion et de valorisation des itinéraires équestres.
À travers ces pratiques, les cavaliers ont historiquement joué un rôle actif dans la gestion des espaces naturels :
Afin d’impliquer directement les pratiquants, la FFE s’associe au dispositif « Suricate, tous sentinelles des sports de nature » et développe des « Brigades Suricate » dans les clubs, transformant les cavaliers en acteurs de la préservation des milieux naturels.
Par ailleurs, les poney-clubs et centres équestres, souvent qualifiés de « dernières fermes des villes », ont structuré un modèle singulier. Lieux de vie intergénérationnels, ils proposent une alternative concrète au « tout numérique », fondée sur la relation au vivant.
Le développement du cheval partagé a permis de démocratiser la pratique, tandis que la dynamique du Poney Club de France a favorisé l’émergence d’une offre inclusive. Cette double dimension sociale et environnementale constitue le socle historique de la responsabilité sociétale de la filière.
Dans les années 2010, une organisation plus structurée du développement durable
Cette période constitue un véritable point de bascule : l’engagement environnemental n’est plus seulement une démarche citoyenne, mais devient un impératif d’adaptation pour assurer la pérennité des activités.
Entre 2010 et 2018, la FFE a mis en place les Trophées du Développement Durable et a encouragé les clubs à participer à la Semaine Européenne du Développement Durable. L’objectif était de repérer, valoriser et récompenser les initiatives locales en faveur de l’environnement, de l’économie de proximité et de l’action sociale (recyclage, gestion de l’eau, biodiversité), tout en facilitant le partage de ces bonnes pratiques.
Ces années s’accompagnent également d’un rapprochement avec des partenaires historiques, comme Generali, autour de la signature de la Charte Generali du sport responsable.
Dans le même temps, une prise de conscience plus profonde émerge face au réchauffement climatique. En écho aux réflexions engagées dès 2011 au niveau de l’État avec la Stratégie Nationale de Développement Durable du Sport, la communauté équestre mesure progressivement sa vulnérabilité. Au-delà des écogestes, des enjeux structurels s’imposent :
Professionnalisation de l’engagement et déclinaison opérationnelle
S’appuyant notamment sur la dynamique impulsée par le mouvement sportif et le lancement de la plateforme RSO du CNOSF en 2019, la FFE intègre ces enjeux dans ses outils de pilotage. À la même période, la démarche Cheval et diversité, qui vise à valoriser le cheval, les clubs et l’équitation comme leviers d’inclusion sociale et de santé, se structure. À travers celle-ci, la Fédération coordonne un réseau d’acteurs pour rendre la pratique équestre accessible aux publics en situation de handicap ou de vulnérabilité.
L’équitation devient un outil d’innovation sociale et de cohésion territoriale. Pour accompagner son réseau, la FFE fait évoluer le cahier des charges de ses labels, comme celui de l’École Française d’Équitation (EFE). Aux exigences classiques de qualité et de sécurité s'ajoutent des axes d'évaluation mesurables lors des audits, en cohérence avec les champs d'action de la norme ISO 26000 caractéristique de la RSO :
Une accélération récente des actions
La démarche RSO s’accompagne d’une montée en puissance de la culture de l’évaluation. Progressivement, la FFE structure son action autour d’indicateurs de progrès et d'un suivi rigoureux. Des tableaux de bord en cours d’élaboration permettront de mesurer concrètement l’impact des actions (consommations, déchets, achats responsables). Cette logique a vocation à se diffuser également auprès des organes déconcentrés puis des clubs, pour lesquels le suivi par indicateurs simples permettra une démarche de sobriété et de plus-value sociétale, adossée à une réalité économique.
Pour transformer ces indicateurs en résultats concrets, la FFE accélère aujourd’hui le déploiement d’actions structurantes :
Au sein du Parc équestre fédéral
Le Parc équestre fédéral, siège de la Fédération Française d’Équitation, agit comme un véritable laboratoire d'éco-responsabilité avec ses 400 hectares situés en zone Natura 2000. Lors des grands événements comme les championnats de France d’équitation Poneys et Clubs (Generali Open de France) et des sports équestres collectifs (Grand Tournoi), des dispositifs ambitieux sont déployés :
Par ailleurs, la protection de la biodiversité repose sur des pratiques durables : agriculture biologique, réduction des intrants, installation de ruches, éco-pâturage assuré par des moutons Solognots, une race endémique en voie d’extinction valorisée sur l’exploitation.
Cette démarche se traduit également par d’autres actions concrètes comme l’utilisation d’éclairage LED, la mise en place d’une toiture photovoltaïque, la plantation d’arbres, une gestion raisonnée du massif forestier, etc.
Les présidents de CRE impliqués
La stratégie RSO de la Fédération et l’importance de prendre en compte ces enjeux ont été présentés aux présidents des Comités régionaux d’équitation, réunis en séminaire les 1er et 2 juin au Parc équestre fédéral.
À cette occasion, trois intervenants ont témoigné de leurs actions respectives :