Il y a, dans le milieu équestre, des histoires qui marquent plus que d’autres — et d’autres encore restent à écrire. Celle d’Hatchi des Loges en fait indéniablement partie. Aujourd’hui âgé de 9 ans, ce cheval, repéré très jeune par Alexis Goury, trace depuis plusieurs saisons une belle trajectoire sportive. Syndiqué dès ses débuts, il fait le bonheur de ses dix copropriétaires, venus d’horizons différents mais réunis par la même passion du concours complet.
On pourrait résumer cette aventure en une phrase : « Rejoindre un syndicat, c’est multiplier les émotions ! »
Adèle Vaupré vit le concours complet aussi bien derrière sa plume en tant journaliste chez Cheval Magazine qu’au cœur des paddocks, aux écuries... Entre confiance, émotions partagées et ambitions sportives, elle revient sur la naissance de ce projet singulier et sur les coulisses d’une aventure humaine autant qu’équestre, portée par un cheval qu’elle voit grandir vers le très haut niveau.
GN FFE-AC Print : Adèle, on te connaît comme journaliste chez Cheval Magazine, mais tu es aussi passionnée par le sport de haut niveau et membre du « Syndicat l’Ascension d’Hatchi », propriétaire de Hatchi des Loges aux côtés de Christelle Goury, avec Alexis Goury en selle.
Une aventure qui dure maintenant depuis plusieurs années… Peux-tu nous raconter comment ce projet est né ? Pourquoi Hatchi des Loges ?
Adèle Vaupré : "Du fait de ma profession, j’avais déjà échangé plus ou moins longuement avec Alexis à diverses occasions et le courant était bien passé entre nous. Puis, j’ai rencontré sa maman sur un concours en fin d’année 2021, avec qui je me suis tout de suite bien entendue. Je lui ai fait savoir que j’aimerais un jour si j’en ai la possibilité, prendre une part sur un cheval de concours complet, qui est ma discipline de cœur, pour vivre une belle aventure sportive. Bien entendu, l’information n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde et quelques semaines plus tard, Alexis m’appelait pour me dire qu’il avait trouvé un cheval qui allait prendre 5 ans, qu’il venait d’être débourré, qu’il lui trouvait beaucoup de qualités et qu’il envisageait de monter un syndicat pour le garder sous sa selle. Nous n’avons pas vraiment choisi Hatchi, disons que c’est son arrivée dans les écuries d’Alexis qui l’a poussé à monter ce projet".
GN FFE-AC Print : À quel moment as-tu décidé d’intégrer ce syndicat de propriétaires ? Était ce avant tout un projet porté par le sport, la passion ou l’aventure collective ?
C’était une première pour toi d’entrer dans un syndicat ?
A.V : "Entre ce coup de téléphone et l’officialisation du syndicat, il a dû se passer quelques semaines, voire mois. J’ai tout de suite fait savoir à Alexis que le projet m’intéressait, mais nous avons pris le temps de discuter des conditions et des engagements de chacun. Je voulais être certaine de pouvoir honorer ma part du contrat avant de me lancer dans l’aventure. C’était pour moi une grande première et je dois dire que je ne regrette absolument pas mon choix !".
GN FFE-AC Print : Concernant Hatchi, quelles sont les qualités qui le rendent si attachant au quotidien ?
Y a-t-il eu un moment précis où vous vous êtes tous dit : « ce cheval peut vraiment aller loin avec Alexis » ?
A.V : "Hatchi est vraiment un gentil. Alexis et Fanny, sa femme, en parleraient mieux que moi parce que ce sont eux qui vivent avec lui au quotidien, mais il n’est pas difficile à vivre. Il n’y a pas grand-chose qui le perturbe. Il manque parfois un peu de motivation pour travailler à la maison, mais quand il est en concours, il sait très bien ce qu’il a à faire. Alexis a toujours beaucoup cru en ce cheval, alors nous aussi. Dès ses débuts, il a démontré une très belle locomotion, un très bon coup de saut, certes avec son style bien à lui mais avec beaucoup de force et un mental de guerrier. Il n’est pas encore au bout du chemin donc il est difficile de savoir s’il ira aussi loin que nous l’espérons. Cette année 2026 nous permettra d’en savoir plus sur sa capacité à se plaire à très haut niveau".
GN FFE-AC Print : Comment s’est construite la relation entre les propriétaires et Alexis Goury ?
Comment prenez-vous les décisions sportives autour du cheval aujourd’hui ?
A.V : "Etant donné qu’Hatchi était le premier cheval qu’Alexis a syndiqué, il a tenu à le faire avec des personnes qu’il connaissait déjà bien. Nous avons une confiance totale en Alexis, qui est aussi l’un des copropriétaires. C’est lui qui prend toutes les décisions concernant Hatchi. Il est celui qui vit avec au quotidien et qui le connait mieux que nous tous. Bien sûr, il est très ouvert à la discussion et n’hésite pas à expliquer telle ou telle décision".
GN FFE-AC Print : Concrètement, comment fonctionne votre syndicat ? Vous vous retrouvez principalement en concours, chez Alexis, en visio ?
Combien de personnes participent actuellement au projet ?
A.V : "Nous sommes dix propriétaires. Chaque année, nous avons une assemblée générale pour faire le bilan sportif et financier de l’année écoulée et préparer la suivante. Comme nous habitons un peu aux quatre coins de la France, c’est difficile de se réunir tous au même endroit au même moment, mais il n’est pas rare que nous soyons plusieurs à nous retrouver sur les concours. C’est toujours un moment très agréable et convivial".
GN FFE-AC Print : Toi qui es aussi propriétaire de ton propre cheval, qu’est-ce que cela change de partager la propriété d’un cheval de sport ?
Quels sont, selon toi, les grands avantages d’un syndicat ? Et à l’inverse, les difficultés ou les défis à gérer ?
A.V : "Partager la propriété d’un cheval de sport, c’est avant tout savoir faire confiance à ceux qui entourent le cheval au quotidien. Je vois le syndicat comme une équipe qui célèbre les réussites et les moments de joie, mais qui se sert aussi les coudes dans les moments plus difficiles. C’est en premier lieu une aventure humaine. Nous avons la chance d’être un petit groupe très soudé autour d’Alexis et Hatchi et je pense qu’il est essentiel de partager cette aventure avec des personnes qui ont des objectifs et des valeurs communes".
GN FFE-AC Print : Plus personnellement, quels sont tes plus beaux souvenirs avec Hatchi jusqu’à présent ? Le Mondial du Lion peut-être ?
A.V : "Bien évidemment, le Mondial du Lion en 2024 tient une place à part. Déjà parce qu’Alexis est un local de l’étape, mais aussi parce que c’est le premier grand rendez-vous dans la carrière d’un cheval de concours complet. Au-delà de la neuvième place d’Hatchi, le plus beau était de voir Alexis terminer le concours avec le sourire aux lèvres. Il n’y a rien de plus gratifiant que de l’entendre dire que le cheval l’a épaté, qu’il est fier de lui et qu’il y croit encore plus que la veille !"
GN FFE-AC Print : Hatchi va prendre part à sa première Pro Élite au Le Lion d'Angers le week-end prochain.
Tu seras évidemment présente sur place ?
Et le samedi du cross… plutôt sereine ou très stressée ?
A.V : "Oui, je serai sur place au moins le samedi pour le cross et peut-être aussi le dimanche pour l’hippique. J’avoue que j’ai toujours une boule au ventre avant son entrée en piste. Ce n’est pas de la peur, c’est plutôt parce que je sais qu’il tient à cœur à Alexis de bien faire et que j’ai envie qu’il soit récompensé de tout le travail qu’il a effectué depuis toutes ces années. J’ai de la chance, ni le cheval ni le pilote ne sont mauvais, mais je reconnais que je risque d’avoir les jambes tremblantes au moment où ils rejoindront la boite de départ.
L’avenir d’Hatchi, c’est sans doute d’aller le plus loin possible. Dans un coin de vos têtes, est-ce que les Jeux olympiques d'été de 2028 font déjà rêver le syndicat ? À 11 ans, il sera dans l’âge idéal pour un cheval de complet.
Pour en avoir déjà parlé avec Alexis je sais que, dans un monde idéal, il voudrait avoir trois chevaux près pour les Jeux olympiques de LA 2028 : Je’Vall, Colorée de Poteau Z et Hatchi. La route est encore très longue, mais nous avons bien évidemment toujours eu cette échéance dans un coin de la tête".
GN FFE-AC Print : Quels sont les concours qui te feraient rêver pour le couple Hatchi / Alexis ?
A.V : "Au risque de manquer d’originalité, je dirais les voir en équipe de France sur un championnat Seniors. Ces épreuves sont pour moi les plus belles et génèrent forcément des émotions fortes. Et puis, si on devait pousser le rêve encore plus loin, les voir courir un CCI 5*-L serait aussi un magnifique accomplissement, encore plus si ça pouvait être en Angleterre. Mais chaque chose en son temps, nous ferons en fonction d’Hatchi".
GN FFE-AC Print : Parmi les propriétaires, qui est le plus stressé en concours ?
Et à l’inverse… qui gâte le plus Hatchi ?
A.V : "Pour le stress, ça se joue entre moi-même et Christelle, la maman d’Alexis. C’est d’ailleurs probablement elle, mais je ne suis vraiment pas loin. Il est évident que ceux qui le gâtent le plus sont ceux qui s’en occupent au quotidien à Ecorse, mais dans le syndicat je me suis auto-proclamée « tata gâteau ». Hors de question de venir le voir sans lui proposer un petit quelque chose à grignoter. De toute façon, je suis incapable de résister à ses petits yeux".
GN FFE-AC Print : Pour terminer, as-tu une anecdote amusante ou marquante sur lui à nous partager ?
A.V : "La farce qu’il fait le plus souvent, c’est probablement celle de décider de rentrer tout seul du paddock. Il doit trouver que la personne censée le ramener ne va pas assez vite, donc il prend les devants et arrive devant son box seul sans personne au bout de la longe".
GN FFE-AC Print : Enfin, que dirais-tu à ceux qui hésitent encore à rejoindre un syndicat de propriétaires ?
On voit ce modèle se développer de plus en plus dans le concours complet de haut niveau : selon toi, pourquoi attire-t-il autant aujourd’hui ?
A.V : "Je dirais qu’il faut avant tout rejoindre un projet qui nous parle et dont les autres acteurs partagent les mêmes valeurs que les nôtres. Acheter seul un cheval, le confier à un cavalier et l’assumer financièrement n’est pas rien, cela peut refroidir beaucoup de personnes qui auraient ce rêve de vivre l’aventure du concours complet de l’intérieur. Or, rejoindre un syndicat est une porte d’entrée exceptionnelle vers cette aventure : on divise les coûts et le risque, mais on multiplie le plaisir et les émotions. Je pense que c’est aussi ce qui fait que ce modèle se répand de plus en plus".